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L’insertion socio-professionnelle : des petits pas, de grands bonds menacés, avant le pop.

  • il y a 6 jours
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Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Pop Corn

On nous parle de remise au travail comme s’il suffisait d’appuyer sur un bouton. Comme si, d’un simple claquement de doigts, ceux qui en sont éloignés allaient retrouver le chemin de l’emploi. Mais dans mon métier, je vois une autre réalité.


Je rencontre des apprenants qui ne rentrent pas dans ces cases préconçues par des personnes qui ne connaissent pas le terrain. Ceux qui n’ont pas le "niveau requis" pour intégrer l’une de nos formations, ceux dont le parcours de vie a creusé des fossés difficiles à franchir, ceux qui sont tellement éloignés du monde du travail. Non par choix de ne rien faire ou de profiter d'un système social, mais en raison de la singularité de leur vie. Des personnes pour qui, sur le papier, la formation – ou cette formation en particulier, vers laquelle un conseiller les a parfois orientées pour simplement cocher une case – ne semble pas être une solution… mais qui, dans les faits, n’en ont pas d’autre.


Alors parfois, on tente. Parce qu’on travaille avec des humains, pas avec des statistiques. Parce qu’on sait que si chaque porte se ferme, ces personnes resteront enfermées dehors. Et quelle est notre mission, si ce n’est de leur ouvrir une fenêtre, de leur offrir un espace où exister, apprendre, reprendre pied ?


Depuis ma petite expérience dans le monde associatif, ce sont, justement, ces parcours singuliers qui m’ont marqué par le côté humain de cet accompagnement, par la vérité vécue par certains de nos apprenants, qui, parfois, ont traversé un parcours de vie où on les a placés dans de mauvaises cases. Où l’accompagnement n’a pas été à la hauteur de l’humain blessé par son parcours de vie. Notre système se complaît, souvent, à faire entrer les personnes dans des boîtes, par des systèmes éducatifs restrictifs, des codes d’orientation ou d’accompagnement social. Je sais que, sur leur chemin, ils ont rencontré des personnes passionnées, mais qui, parfois, étaient bloquées par ce système. L’insertion socioprofessionnelle reste un des piliers qui permet, justement, de continuer à croire en cet humain.


L’insertion, ce n’est pas un alignement d’objectifs atteints à 100 %. C’est un parcours, un chemin fait de petits pas, mais qui, au fond, sont de grands bonds vers une remise en marche. Un apprenant qui reprend confiance, qui ose parler, qui découvre qu’il est capable… c’est déjà une victoire.


Apprendre à lire et écrire quand on est adulte, reprendre une formation après des années d’interruption, affronter la fracture numérique qui ne touche pas que les seniors… Rien de tout cela n’est anodin. Ce sont des épreuves en soi, et pourtant, on attend d’eux qu’ils se "remettent sur le marché de l’emploi" comme si c’était une simple formalité.

Mais l’humain ne fonctionne pas ainsi. Le changement ne se programme pas. Il ne suffit pas d’une formation pour transformer une personne en travailleur prêt à l’emploi. C’est un processus, un mouvement. Comme un grain de maïs qui devient pop-corn : chaque transformation se fait à son rythme. À son pop.


Or, aujourd’hui, ce processus est menacé. Les centres d’insertion socio-professionnelle (CISP) jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement des personnes éloignées de l’emploi, en leur offrant non seulement des compétences professionnelles, mais aussi un soutien social et psychologique. En 2023, ils ont accompagné plus de 14.300 demandeurs d’emploi, avec un impact réel sur la mise à l’emploi de publics peu qualifiés.


Pourtant, malgré ces résultats probants, ces structures essentielles subissent aujourd’hui des coupes budgétaires drastiques.


Cette austérité touche directement ceux qui ont le plus besoin d’un accompagnement sur mesure. Elle met à mal l’idée même de l’insertion comme un cheminement humain et adapté. Si nous voulons une société plus juste, où chacun a une chance de retrouver sa place, il est impératif de reconnaître la valeur de ces dispositifs et de leur donner les moyens de continuer leur mission.


Dans ce métier, je crois en la capacité de chacun à avancer. Pas à la même vitesse, pas selon des cases préétablies, mais à sa façon. Mais encore faut-il que les passerelles existent. L’insertion, ce n’est pas juste un retour au travail. C’est une réintégration dans un monde dont certains ont été exclus trop longtemps. Laisser tomber ces personnes, c’est un choix de société. Un choix que nous ne pouvons pas accepter.


Damien Picot - Formateur FLE - Alphabétisation

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